Archives de catégorie : Politique

Langage juridique ou langage scientifique ?

Article précédemment publié sur Contrepoints

Le droit et les sciences ont des habitudes de langage qui prêtent facilement à confusion. Les conséquences peuvent être lourdes quand le grand public s’empare de leurs conclusions.

La fameuse loi de l’offre et de la demande n’a été promulguée par aucun État. Il s’agit, dans l’esprit d’Adam Smith, qui l’a formulée, d’une loi immuable de l’ordre social, comparable à une loi de la nature. Elle n’est pas issue de la volonté d’un législateur, c’est l’expression d’un phénomène universel. En cela, elle n’est ni bonne ni mauvaise en soi, elle est.

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Quelques remarques sur les systèmes d’oppression

Cet article ressemble à une collection d’aphorismes. L’exercice a bien évidemment ses limites. Certaines affirmations attendent leur preuve, d’autres doivent être vérifiées ou nuancées. Disons qu’ils s’agit là de lancer des pistes de réflexion, rien de plus.

Être tyran malgré soi?

Un tyran ne revendique jamais ce titre, il prétend toujours disposer d’une légitimité. Il prétend presque toujours être l’interprète de la volonté populaire. Cela se fait souvent au prix de jolies contorsions intellectuelles, par exemple volonté inconsciente, volonté des gens éclairés, nécessité d’éduquer le peuple dans son propre intérêt, défaut de communication ou de pédagogie. Il y a une solide ressemblance avec le raisonnement des violeurs.

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Un critère de justice

En matière de justice, LA question fondamentale est: « Qui doit payer? » Il n’y en a pas d’autre.

La réponse spontanée: « Quelqu’un d’autre! »

La réponse socialiste: « Les riches! » Quitte à tuer (ce n’est pas toujours une métaphore) la poule aux oeufs d’or (c’est une métaphore).

La réponse du manifestant: « L’État! » Manque de chance, l’État c’est le contribuable, qui se trouve souvent être le manifestant lui-même.

La réponse libérale: « Celui qui réclame le service! » Réponse juste, sans doute, mais il y a des exceptions évidentes.

La réponse de l’enfant (et il n’a pas complètement tort): « Papa! » Ou « Maman! » Ça marche très bien aussi.

La réponse de l’écologiste (juste au demeurant, mais elle ne concerne que les dommages): « Celui qui casse! »

La réponse du vieillard: « Les jeunes! » Bien difficile de faire autrement.

La réponse du juge: « Le criminel! »

La réponse du Christ: « Moi! »

Qui veut (vraiment) mourir? Euthanasie et consentement

 

Article également publié sur Contrepoints

Faire le bonheur des gens malgré eux.

Le tenter, c’est le plus sûr moyen de faire leur malheur.

Non pas qu’il faille se désintéresser du sort d’autrui. C’est un devoir de secourir, d’assister, de conseiller son frère qui est dans la détresse. Mais le risque est grand de se tromper.

C’est un devoir aussi de sauver un homme qui tente de se suicider. La volonté de se supprimer est rarement ferme, et on est généralement heureux, après coup, d’avoir évité la mort. D’ailleurs, si la volonté de mourir était si sûre, on choisirait des moyens ne laissant aucune chance. Les médicaments ne constituent pas une méthode performante. Il y a des poisons, parfaitement sûrs, disponibles dans le commerce ordinaire. La noyade est contrariée par des réflexes. On va rarement faire la tentative très loin d’une rive. L’accident de voiture est un suicide honteux. Il faudrait aller fort vite ou se jeter dans un précipice pour être certain de réussir. La défenestration depuis le premier ou le deuxième étage offre surtout une grande probabilité de recevoir des visites à l’hôpital — et de boiter toute sa vie. La position qui assure le suicide par arme à feu est bien connue. On raconte que Hitler se l’est fait expliquer dans son bunker. Pourtant elle est rarement utilisée. L’immense majorité des tentatives de suicide sont des échecs. En 2010, on n’a compté « que » 10 333 suicides réussis. C’est toujours trop, mais c’est peu par rapport à près de 220 000 tentatives de suicide ayant donné lieu à un contact avec le système de soins. (http://www.sante.gouv.fr/etat-des-lieux-du-suicide-en-france.html) Ces chiffres en disent long sur la volonté de mourir. Si la possibilité de sauver le candidat au suicide existe, alors il faut le tenter, car il lui reste sûrement quelque part une lueur d’espoir. La prudence exige que l’on fasse cette hypothèse. Au demeurant, si par hasard on se trompait, le suicidaire aurait toujours la possibilité de réessayer, sans autre dommage qu’un peu de temps perdu.

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