Archives mensuelles : août 2012

Fait divers

C’était à Tokyo – ou bien était-ce ailleurs ?
C’était dans les journaux – les journaux parlent-ils ?
C’était bien important – ce n’était qu’une brève.
Un homme sur un banc, dans un square endormi.
N’avait-il pas de toit ? N’avait-il pas d’amis ?
Des jeunes éméchés, pleins d’idéaux sans doute,
Aimés de leurs parents – mais qui saurait le dire ? –
Aperçurent un soir le clochard qui ronflait.
Que faisait-il donc là ? « Qu’il retourne à sa place !
Quel est cet inutile ? Il faut laver la merde ! »
Que firent donc les gars ? Ils prirent de l’essence.
Ils aspergèrent l’homme. Ils y mirent le feu.
Le lendemain matin un patron fut surpris
De ne pas voir venir son balayeur transi.

Folie

Vanité des vanités et tout est vanité Qo 1;2

Qu’importe où nous allons, criait le jeune Eros.

Il connut la passion, l’ardeur des premiers jours,
Les serments amoureux et les parfums de femme,
Le lyrisme blessé d’une idylle brisée.

Il parcourut la Terre, traversant les mers, escaladant les montagnes.
On le vit au Néguev, au désert du Népal,
Aux jungles de Myan Mar, aux rochers du Texas,
Aux marais de Floride parmi les Séminoles,
Chez les fils du soleil dans les cercles de pierre,
Chez les enfants du feu des montagnes d’Iran,
De l’extrémité de la Terre à son extrémité.
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Dans les jardins de Babylone,

Une fête est donnée où les cymbales sonnent.
Le triomphe royal a été annoncé.
L’ennemi massacré, bien tard on s’est soûlé
Dans le terrible bal de la belle Astarté.

Des amants s’isolant sous le regard d’Ishtar
Boivent impatiemment à un nouveau départ,
Puis s’oublient dès la fin de leur premier été.

Nabuchodonosor à la ronde épand l’or,
Comme dans les récits les malheurs de Pandore.
Il a ouvert son coffre où puisent sans vergogne,
Des valets dépravés, qui paient celui qui grogne.
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Cri

C’est un cri que l’on pousse et qui peut nous détruire.
Le bébé qui vagit alerte l’ennemi.
La mère terrifiée regarde son ami.
Elle implore en silence : un moyen de les fuir ?

Et c’est le désarroi, l’impuissance cruelle.
Au fond de sa cachette, il doit se décider.
S’il part sans hésiter, il pourra les sauver !
Il reprend du courage en contemplant sa belle…

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Cassandra

Cruellement moquée, la fille à l’esprit clair
Au sein de son palais, encadrée de ses pairs,
Souvent le soir pleurait qu’on l’eût tant négligée.
Si belle cependant, comme une fleur coupée,
Ah ! Qu’elle se fût donnée à qui l’aurait voulue !
N’eût été la froideur d’un message sincère,
Dix éphèbes jolis se seraient mis à nu.
Reviendrons-nous toujours, ô mes Muses amères,
Au divin souffle obscur de la chanteuse incrue ?

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Ballade des pendus du vingt-et-unième siècle

Accroché au métier comme un gui à son chêne,
Le cadre est rentré tard ; mais sans avoir dîné.
La tête est au travail et l’esprit dans ses chaînes
Ne sent plus les lourdeurs de ses membres vannés.
Comme toujours ce soir notre pauvre homme omet
De dire à qui de droit ses plaintes amoureuses.
Patrons tant respectés, n’oubliez donc jamais
Qu’on meurt de solitude en ville populeuse.

Le soir sur son cahier l’écolier à la peine
Ecrit, récrit encor l’exercice donné.
Le matin au collège, il éprouve la haine,
La haine naturelle. Oui, jusqu’au cours sonné,
Il hait son condisciple et pourtant il remet
Au lendemain encore une plainte peureuse.
Professeurs fatigués, n’oubliez donc jamais
Qu’on meurt de solitude en ville populeuse.

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Consolations

A Syrine Pelletier.

Ils seront consolés, les mendiants d’esprit,
Les petits, les bannis, les assoiffés de Dieu,
Les purs amants de paix, les miséricordieux,
Ceux que l’on persécute et accable de cris.

Et le petit enfant qui ne croit plus qu’on l’aime
Car les grands déchirés ne pensent plus à lui.
Dans un square oublié, ce soir il s’est enfui.
Ô jardinier jovial, montre comment l’on sème !

Le professeur déçu, méprisé, chahuté,
Qui voulait si bien faire et maudit sa faiblesse,
Efface sur la table un graffiti qui blesse.
Mais demain un enfant chantera sa bonté.

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