Féérie

Que vais-je dire ici? Un conte pour enfants ou un conte d’enfants? Enfants insatisfaits, capricieux, égoïstes; un conte  de magie et d’angoisses nocturnes, récit de neige blanche et d’un feu de colère, noirceurs par trop sublimes, richesses enterrées, ostentation stupide et secrets négligés.

Il était une fois, dans un pays de montagnes oubliées, un roi qui s’en allait, tiré par ses chevaux d’une course rapide. Sur la neige encore vierge, les fioritures étincelantes du traîneau laissaient entendre leur doux bruit métallique, digueding dong, digueding dong, tandis que deux entailles s’étendaient à l’arrière, au lointain dans la nuit, pour y être recouvertes par une neige neuve.

Les bois, d’un souffle régulier, encadraient l’équipage d’une rumeur intemporelle, semblait-il. Et le roi explorait au fond de son esprit les recoins admirables d’une mémoire nouvelle où flamboyait la clef d’or qui eût permis de parler ces langages obscurs que prononçaient les arbres. Et les arbres semblaient interroger les pierres et traduire au jeune roi ce qu’elles lui disaient d’une naissance ancienne, plus ancienne que le roi, de luttes primordiales, messages fondamentaux, dont elles seraient les dépositaires et que, déjà avant l’écoute, le prince croyait familiers, s’en sentant l’héritier.

Le vent se fit muet mais froid et mordant. La musique jouée s’enflait d’autres échos; des dissonances même parvinrent à ses oreilles sans qu’il les écoutât ou y accordât la plus faible attention. Car encore aujourd’hui, la clef dorée s’éloigne. Digueding dong dong, digueding dong dong. Le roi pousse ses chevaux dans une danse folle, ronde trop bien réglée. Une autre lumière apparaît, trop connue celle-là, sans mystère

Le voilà près de son palais. Il a parcouru toute l’étendue de son royaume. Il pleure, en cachette, ajoutant par ses larmes une eau amère dans les marais secrets de son cœur. Personne n’ose rien dire; il n’appelle personne. Les valets pourtant le veillent depuis longtemps; mais où sont donc passés cris et jeux de l’enfance, la tendresse sans peur et puis ses espérances?

Et la fête fière et folle et fausse finira-t-elle jamais?
Jusques à quand recommencera-t-elle?

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