Laissez-nous vivre

Chanson, sur l’air de la Prière

Protégé, bien couvert, étouffé, surveillé,
Dans les bras de sa mère, il n’est qu’une poupée.
Mon petit frère endosse un espoir ajourné.
Comment grandir assez pour être à la hauteur,
Si toutes nos journées s’enferment dans vos peurs?
Laissez-nous vivre un peu.

Quand vous m’avez inscrit à votre syndicat,
Vous ne m’avez pas dit qu’à mort est le combat.
Qu’un riche est à bannir, je ne le savais pas.
Partis des travailleurs, peuplés d’apparatchiks,
Il faut un contrepoint à toutes vos musiques:
Laissez-nous vivre un peu.

L’avocat m’humilie, il me prend pour un fou,
Me veut irresponsable et fait de moi un loup.
Je reconnais mon crime et je regrette tout.
Je voudrais en finir, mériter un pardon.
Jurés et magistrats, à la haute mission,
Laissez-nous vivre un peu.

Le gardien dans la cour éructe la consigne,
Nous fait tomber au sol, pourvu qu’on soit en ligne,
Nous apprend à ramper, respecter son insigne.
Pourquoi nous avilir? Croit-il nous corriger?
Inspecteurs des prisons, vous qui nous regardez,
Laissez-nous vivre un peu.

Madame le ministre, vous savez mieux que nous
Ce qu’il nous faut penser, aimer, chérir. J’avoue
Que j’ai parfois encor des réflexes jaloux.
Mais dois-je honnir mon sexe au nom de la justice,
Pour expier sur mes jours des siècles de malice?
Laissez-nous vivre un peu.

Si l’on veut s’exprimer, faut-il une caution?
Dans quel bureau chercher vos autorisations?
Rien de mieux qu’un papier, pour tuer les passions.
Oui, Monsieur le préfet ne fait que son métier…
Fonctionnaires loyaux, entendez-nous crier:
“Laissez-nous vivre un peu!”

Je sais qu’on nous attend sur la côte 120,
Mais nous n’y seront pas avant demain matin.
Le cri du 150 a retenti en vain.
Je sais, on me l’a dit, qu’on doit sauver la France.
Monsieur le maréchal, dont la gloire est immense,
Laissez-nous vivre un peu.

Rien de méchant sans doute, vous croyez si bien faire.
Vos chaînes de velours n’en sont pas moins des chaînes.
Vos liens sont trop serrés, mes bras ankylosés.
Pour suivre tout le code, obéir à vos lois,
Il faudrait un génie, il faudrait un martyr…
Laissez-nous vivre un peu.

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