Faut-il vraiment un contrôle qualité dans nos écoles?

 

Cet article a également été publié sur Contrepoints.

C’est avec une grande inquiétude que je vois les partisans de la liberté réclamer des contrôles de qualité dans nos écoles.

 

 

Je conçois leur démarche. Les résultats réels de l’école publique sont lamentables. Je ne parle pas des résultats au bac ou à PISA, ni même de ces élèves qui partent sans diplôme, car le diplôme est trompeur. Il y aura toujours des gamins pour rater les épreuves, car on ajuste toujours son effort aux besoins. Et il y a forcément des gens qui visent trop court, même lorsque les sujets sont grotesques de facilité. Mais si les épreuves présentent un minimum d’exigence, tous ceux qui auront tenté sérieusement auront appris quelque chose. Il pourrait exister une école dont tous les élèves ne seraient pas destinés à faire des études, mais où tous sauraient lire, calculer et rédiger correctement. Mais ils n’ont pas de certificat à présenter à un employeur? La belle affaire! Ils savent écrire. Ont-ils besoin d’un papier tamponné pour en faire la preuve? Qu’ils écrivent et c’est assez! Méfions-nous des garanties qui n’en sont pas. Aujourd’hui nous avons des centaines de milliers de collégiens qui, ne sachant pas lire, ne comprennent rien à ce qui se passe en classe et mettent le désordre pour s’occuper.

 

Continue reading

J’aimerais avoir tort et passer pour un con

 

Mais je sais, ô Troyens que Cassandre a raison.

 

Qu’un professeur se plaigne de la baisse du niveau, c’est un lieu commun, auquel on n’accorde plus guère d’importance. Vraie ou fausse, cette assertion est dans les mœurs. Mais qu’un professeur se suicide en affirmant que la crise de l’école est devenue à ce point insupportable, voilà qui n’est pas banal. Sa lettre montre une grande lucidité et ne ressemble en rien au délire d’un asocial. Son geste ne peut manquer de nous interpeller: se peut-il que l’on en soit arrivé à ce point? Je n’aurai évidemment pas la prétention d’interpréter son suicide plus avant, et les opinions que je vais exprimer ne sont bien évidemment que les miennes. Il y a quelques mois, Antoine Prost, historien de l’éducation, qui a passé quarante ans de sa carrière à prétendre le contraire, a confirmé le constat de la baisse de niveau. On est en droit de s’inquiéter. Continue reading

Quand on n’a plus le choix

Demain matin des enfants pleureront,
Car aujourd’hui, c’est jour de la bataille
Et leurs papas devant nous sauteront.
Nous tirerons la mort dans leurs entrailles.
Nous tirerons peut-être les premiers.
Mon général, a-t-on droit de pleurer,
Quand on n’a plus le choix?

Ils sont venus, pillards et assassins.
Pour les bloquer, j’ai une mitraillette,
Et mon courage et mes tremblantes mains.
Il faudra bien planter ma baïonnette,
Sans hésiter, sans frémir, sans penser.
Mon général, a-t-on droit de crier,
Quand on n’a plus le choix?

Continue reading

Laissez-nous vivre

Chanson, sur l’air de la Prière

Protégé, bien couvert, étouffé, surveillé,
Dans les bras de sa mère, il n’est qu’une poupée.
Mon petit frère endosse un espoir ajourné.
Comment grandir assez pour être à la hauteur,
Si toutes nos journées s’enferment dans vos peurs?
Laissez-nous vivre un peu. Continue reading

URGCNEP

Certaines journées offrent des divertissements inattendus. Par exemple, l’autre jour, c’était escroquerie. Pendant trois heures!

Ça peut surprendre, j’en conviens. Mais c’est l’essence du genre. On ne va pas annoncer clairement la couleur (enfin pas trop). On va plutôt entretenir le suspense, par une invitation amicale à se rendre à un hôtel. J’en vois qui ont déjà l’esprit mal tourné! Non, ce n’est pas ce que vous croyez. Continue reading

Fuir

Resterai-je demain entre les murs de Troie
Quand les Grecs assemblés sonneront l’hallali,
Quand les chiens dévorants hurleront sur nos voies
Et que les fils de chef iront souiller nos lit?

J’ai été rejeté, mes pairs m’ont méprisé.
La honte était mon lot dans les halles de pierre.
Je voulais les honneurs et je n’ai pas osé
Dire que Cassandra savait plus que nos frères.

Continue reading

Angoisses

Nous reverrons les démons de la guerre
Venir hanter les replis de nos cœurs,
Et les chansons de nos Muses amères
Se briseront sur des écueils de peur.

Combien d’espoirs sur les nefs des pirates?
Combien d’horreurs sur les côtes lointaines?
Combien d’épées cachées sous une latte;
Pour renverser les richesses hautaines?

Continue reading

Expiration

Depuis combien de temps suis-je là, étendu?
La douleur en mon corps est tout ce que je sais.
Une balle? Un shrapnel? Quoi qu’il en soit, c’est laid.
Mon sang triste s’écoule en la terre perdue.

En haut de la colline, au milieu des sapins,
Au-dessus de l’école, il est un cimetière,
Plein de papillons bleus, où m’attendent mes pères.
Ma sœur viendra y mettre un bouquet de lupins.

Continue reading

Vous avez dit égalité?

Quand les réformes se succèdent à un rythme affolant et ne résolvent rien, il faut s’attendre à un effondrement. Les illuminés et les fanatiques appellent à une Révolution et lui mettent les majuscules d’un Grand Soir, censé ouvrir une ère nouvelle. Mais les révolutions coûtent cher et ne tiennent pas leurs promesses. Il arrive nécessairement un moment où une société atteint son point critique d’incohérence. Un pont peut entrer en résonance, c’est-à-dire se mettre à vibrer sous l’effet du vent ou de toute autre contrainte, de telle sorte que les mouvements vont aller en s’amplifiant jusqu’à la rupture de l’édifice. C’est un phénomène particulièrement dangereux sur les grands ouvrages d’art, qui sollicitent au plus juste la résistance des matériaux. A mesure qu’elles se complexifient et s’enrichissent, les sociétés sollicitent de plus en plus les résistances humaines et doivent contenir des forces contradictoires de plus en plus grandes. Il arrive un moment où ces forces ne trouvent plus leur équilibre que dans un mouvement de balancier. En matière d’éducation et sans doute aussi en économie et en politique, nos sociétés occidentales sont entrées dans un de ces mouvements frénétiques sans direction apparente. On en arrive curieusement à se réjouir de l’alternance politique. Faire et défaire. Où est le progrès? Mais cela ne serait rien, si c’était le signe d’un conservatisme tranquille. Au-delà des fluctuations, il y a des problèmes qui prennent de l’ampleur. Réformes sur réformes ne résolvent pas le problème du chômage, et il n’y a que des artifices statistiques pour masquer son augmentation structurelle. La durée de vie des programmes scolaires n’atteint pas la moitié du temps passé par les enfants sur les bancs de l’école obligatoire. Les codes de lois augmentent de façon exponentielle, sans que la justice soit mieux rendue, loin s’en faut. Et nous pouvons constater conjointement une baisse de qualité des services publics et une augmentation des déficits, malgré une augmentation parallèle des taux d’imposition. On a dû se tromper quelque part. Obstination dans l’erreur, échec systématique des solutions proposées. Comment est-ce possible? Sans soute cela vient-il de ce que les questions sont mal posées et les termes du débat trompeurs. D’autres hypothèses seraient le dépassement de seuils de sécurité physiques ou encore l’incompatibilité foncière de certains intérêts. Mais nos sociétés restent prospères malgré tout et il n’y a pas de camps assez marqués pour qu’une guerre civile soit évidente dans un avenir proche. J’en resterai à la première hypothèse.

Je me proposerai donc d’analyser dans cette nouvelle rubrique quelques-uns des concepts qui sous-tendent nos débats de société; en particulier les débats éducatifs, car c’est bien là que se joue notre avenir à long terme. Je parle de ces concepts qu’on retrouve à peu près dans tous les camps, de ces valeurs dont tout le monde semble se réclamer et qui n’ont pas le même sens pour tout le monde. Continue reading