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J’aimerais avoir tort et passer pour un con

 

Mais je sais, ô Troyens que Cassandre a raison.

 

Qu’un professeur se plaigne de la baisse du niveau, c’est un lieu commun, auquel on n’accorde plus guère d’importance. Vraie ou fausse, cette assertion est dans les mœurs. Mais qu’un professeur se suicide en affirmant que la crise de l’école est devenue à ce point insupportable, voilà qui n’est pas banal. Sa lettre montre une grande lucidité et ne ressemble en rien au délire d’un asocial. Son geste ne peut manquer de nous interpeller: se peut-il que l’on en soit arrivé à ce point? Je n’aurai évidemment pas la prétention d’interpréter son suicide plus avant, et les opinions que je vais exprimer ne sont bien évidemment que les miennes. Il y a quelques mois, Antoine Prost, historien de l’éducation, qui a passé quarante ans de sa carrière à prétendre le contraire, a confirmé le constat de la baisse de niveau. On est en droit de s’inquiéter. Continuer la lecture

Vous avez dit égalité?

Quand les réformes se succèdent à un rythme affolant et ne résolvent rien, il faut s’attendre à un effondrement. Les illuminés et les fanatiques appellent à une Révolution et lui mettent les majuscules d’un Grand Soir, censé ouvrir une ère nouvelle. Mais les révolutions coûtent cher et ne tiennent pas leurs promesses. Il arrive nécessairement un moment où une société atteint son point critique d’incohérence. Un pont peut entrer en résonance, c’est-à-dire se mettre à vibrer sous l’effet du vent ou de toute autre contrainte, de telle sorte que les mouvements vont aller en s’amplifiant jusqu’à la rupture de l’édifice. C’est un phénomène particulièrement dangereux sur les grands ouvrages d’art, qui sollicitent au plus juste la résistance des matériaux. A mesure qu’elles se complexifient et s’enrichissent, les sociétés sollicitent de plus en plus les résistances humaines et doivent contenir des forces contradictoires de plus en plus grandes. Il arrive un moment où ces forces ne trouvent plus leur équilibre que dans un mouvement de balancier. En matière d’éducation et sans doute aussi en économie et en politique, nos sociétés occidentales sont entrées dans un de ces mouvements frénétiques sans direction apparente. On en arrive curieusement à se réjouir de l’alternance politique. Faire et défaire. Où est le progrès? Mais cela ne serait rien, si c’était le signe d’un conservatisme tranquille. Au-delà des fluctuations, il y a des problèmes qui prennent de l’ampleur. Réformes sur réformes ne résolvent pas le problème du chômage, et il n’y a que des artifices statistiques pour masquer son augmentation structurelle. La durée de vie des programmes scolaires n’atteint pas la moitié du temps passé par les enfants sur les bancs de l’école obligatoire. Les codes de lois augmentent de façon exponentielle, sans que la justice soit mieux rendue, loin s’en faut. Et nous pouvons constater conjointement une baisse de qualité des services publics et une augmentation des déficits, malgré une augmentation parallèle des taux d’imposition. On a dû se tromper quelque part. Obstination dans l’erreur, échec systématique des solutions proposées. Comment est-ce possible? Sans soute cela vient-il de ce que les questions sont mal posées et les termes du débat trompeurs. D’autres hypothèses seraient le dépassement de seuils de sécurité physiques ou encore l’incompatibilité foncière de certains intérêts. Mais nos sociétés restent prospères malgré tout et il n’y a pas de camps assez marqués pour qu’une guerre civile soit évidente dans un avenir proche. J’en resterai à la première hypothèse.

Je me proposerai donc d’analyser dans cette nouvelle rubrique quelques-uns des concepts qui sous-tendent nos débats de société; en particulier les débats éducatifs, car c’est bien là que se joue notre avenir à long terme. Je parle de ces concepts qu’on retrouve à peu près dans tous les camps, de ces valeurs dont tout le monde semble se réclamer et qui n’ont pas le même sens pour tout le monde. Continuer la lecture