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Faut-il vraiment un contrôle qualité dans nos écoles?

 

Cet article a également été publié sur Contrepoints.

C’est avec une grande inquiétude que je vois les partisans de la liberté réclamer des contrôles de qualité dans nos écoles.

 

 

Je conçois leur démarche. Les résultats réels de l’école publique sont lamentables. Je ne parle pas des résultats au bac ou à PISA, ni même de ces élèves qui partent sans diplôme, car le diplôme est trompeur. Il y aura toujours des gamins pour rater les épreuves, car on ajuste toujours son effort aux besoins. Et il y a forcément des gens qui visent trop court, même lorsque les sujets sont grotesques de facilité. Mais si les épreuves présentent un minimum d’exigence, tous ceux qui auront tenté sérieusement auront appris quelque chose. Il pourrait exister une école dont tous les élèves ne seraient pas destinés à faire des études, mais où tous sauraient lire, calculer et rédiger correctement. Mais ils n’ont pas de certificat à présenter à un employeur? La belle affaire! Ils savent écrire. Ont-ils besoin d’un papier tamponné pour en faire la preuve? Qu’ils écrivent et c’est assez! Méfions-nous des garanties qui n’en sont pas. Aujourd’hui nous avons des centaines de milliers de collégiens qui, ne sachant pas lire, ne comprennent rien à ce qui se passe en classe et mettent le désordre pour s’occuper.

 

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Le choix de l’autopublication

Les travailleurs ont parfois de curieuses paresses. Tel ingénieur s’épuise pendant des mois à concevoir un produit bon et innovant. Pourtant il devient frileux au moment de le vendre et refuse de se mêler de publicité et se fâche avec le service marketing. Tel étudiant a passé de nombreuses nuits de veilles à préparer des concours pour devenir enseignant. Pourtant, une fois en poste, il refuse de s’interroger sur le bien-fondé des programmes et des méthodes qu’on lui impose. Tel soldat, est prêt à s’infliger des souffrances sans nom et pourtant il renonce à penser et applique les ordres sans même demander des explications à ses supérieurs. Un auteur se torture à écrire ce qui lui sort des tripes, mais ne veut pas penser à la façon de diffuser son œuvre. La comparaison de ces braves gens peut sembler excessive, voire hors sujet. Mais si je considère le thème de mon roman, ce n’est peut-être pas si incongru. Les plus grandes lâchetés sont intellectuelles. Et tout homme a ses faiblesses. Il serait absurde, après avoir passé des mois à écrire sur le courage, la lâcheté et la clairvoyance, de m’arrêter en chemin par pure timidité, simplement parce que je n’aurais pas osé mettre en avant mon roman. Un auteur n’existe pas sans lecteur. C’est une évidence. Désolé de rappeler une telle platitude, mais elle est indispensable pour la suite. Peu importe d’ailleurs que les lecteurs soient nombreux ou non. Un public de happy few peut justifier les efforts de l’écrivain. Ce qui compte, c’est qu’il existe des gens que l’œuvre touche, émeut, ébranle. Si une parcelle d’intelligence a été éveillée, alors un bienfait a été accompli. On peut écrire un poème pour une rose unique au monde. Mais l’amant doit envoyer sa lettre. On peut aussi écrire un roman dans l’espoir d’atteindre quelqu’un que l’on ne connaît pas encore. Il faut donc publier. Mais comment ? Refuser la question reviendrait à s’arrêter au milieu du chemin.

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Le clonage reproductif humain

Me voilà bien gêné pour démarrer cet article. Je me vois dans l’obligation de présenter mes excuses aux lecteurs, tant le sujet paraît rebattu – un comble pour une rubrique d’anticipation ! Que tous ceux qui pensent tout savoir et pour qui tout débat est d’ores et déjà plié passent aussitôt à l’article suivant. Pour les autres, nous nous efforcerons de laisser de côté tant la fascination béate pour le progrès que les considérations idéologiques ou théologiques et nous examinerons la question du clonage reproductif de façon aussi pragmatique que possible. Partons du principe que le clonage est possible. Les problèmes de mise au point sont dépassés, les clones naissent jeunes comme prévu et les risques d’échec ont été réduits à un niveau qui permette d’envisager la commercialisation du procédé. La technique est sans danger particulier pour la mère porteuse (du moins d’un point de vue physiologique) et l’on maîtrise suffisamment l’analyse génétique pour savoir ce que l’on offre au client.

La première question qui se pose, naturellement, c’est : à quoi ça sert ? Qui va être demandeur d’un clonage et surtout dans quel but ? Sans réponse à cette question, pas moyen de prévoir les éventuelles conséquences, donc pas moyen de formuler un jugement moral valable. Ne mettons pas la charrue avant les bœufs.

Ca demande ici un certain effort d’imagination, car, après tout, reproduire un humain à l’identique peut sembler superflu. Qu’ai-je besoin de déployer tant d’efforts pour obtenir ce qui existe déjà ? Quelle est la valeur ajoutée par rapport à une procréation naturelle ? A la vérité, on peut tout de même distinguer plusieurs marchés porteurs.

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La cyberpute

Nous avons vu il y a quelque temps comment les guerriers modernes s’apprêtent à repenser leur métier et les pièges dans lesquels ils risquent de tomber. Après une dure journée de campagne sur ordinateur, à quel genre de repos du guerrier pourront-ils prétendre ? Imaginons un instant que les bordels militaires de campagne suivent à leur tour une évolution high-tech. Après tout, pourquoi le plus vieux métier du monde devrait-il se cantonner à un stade artisanal ? Il ne serait pas très difficile de rédiger une offre alléchante :

Plus belle que votre première fiancée, mieux proportionnée que celle de votre voisin, plus douce que votre premier baiser, plus savante qu’Ulla, Frida et Morgana réunies, la cybercallgirl de XXXX vous propose les sensations inédites du 77ème ciel.

La cyberpute existe aussi en version masculine. Pour tout fantasme particulier, contactez nos services au XXXXXXX, écoute et discrétion garanties.

Nul doute qu’en combinant les expertises des meilleurs roboticiens, celles des sexologues et des stars du porno, on ne parvienne à fabriquer un produit fort convaincant.

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Robots de combat

Cet article a d’abord été plublié dans le webzine Sanqua. Je vous en recommande d’ailleurs la lecture, en particuliers si vous cherchez un regard critique sur le monde du jeu vidéo. Il n’y a pas que ça, comme le prouve ma rubrique Anticipantia.

Ce sont nos compagnons de jeu, nos ennemis familiers dans un bon nombre de FPS, RTS et autres jeux d’arcades. Les petits et gros robots de combat, nous en avons tous dégommé des trouzaines et jamais ils ne représentent une bien grosse affaire pour les guerriers de salon que nos sommes. Qu’est-ce qu’une armée de droïdes face à un chevalier Jedi décidé ou à un seigneur Sith ? Je vous le demande. Mais voilà, chez Sanqua on se prend parfois à rêver un peu plus loin. A rêver réalité, comme dit la chanson. Et si… nous voyions réellement apparaître des robots de combat, de vrais robots tueurs, capables de choisir de vraies cibles temporairement vivantes : le terroriste du bout du monde, mon voisin de palier qui est bête, arrogant et surtout vulgaire, ou, pourquoi pas, moi-même. Et tout à coup, on en vient à se demander si le rêve n’a pas viré au cauchemar.

Mais précisons l’objectif. Nous nous proposons de faire une réflexion en anticipant sur une innovation technologique probable et en essayant d’en prévoir les conséquences principales. En l’occurrence nous allons nous intéresser à des robots qui n’auraient pas besoin d’être téléguidés mais qui pourraient choisir eux-mêmes leurs cibles en fonction de règles d’engagement assez semblables à celles que reçoivent les soldats des armées modernes lors de leurs nombreuses missions. Ces règles pourraient aller de la destruction pure et simple de tout ce qui vit à la protection de personnes précises, en passant par tous les degrés d’une riposte graduée et la distinction entre combattants et non-combattants. Il nous intéresse assez peu de considérer les ratés de la mise au point. Si pour ajuster le système de reconnaissance, il y a quelques milliers de « dommages collatéraux », ce n’est pas vraiment notre problème. On les enregistrera comme « martyrs de la science » ou quelque chose du même tonneau. Voyons ce que pourrait donner un système bien au point, présentant toutes les garanties qu’un client raisonnable serait en droit d’exiger.

Cela changerait-il fondamentalement l’art de la guerre et l’usage de la violence ? Lire la suite