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Vous avez dit égalité?

Quand les réformes se succèdent à un rythme affolant et ne résolvent rien, il faut s’attendre à un effondrement. Les illuminés et les fanatiques appellent à une Révolution et lui mettent les majuscules d’un Grand Soir, censé ouvrir une ère nouvelle. Mais les révolutions coûtent cher et ne tiennent pas leurs promesses. Il arrive nécessairement un moment où une société atteint son point critique d’incohérence. Un pont peut entrer en résonance, c’est-à-dire se mettre à vibrer sous l’effet du vent ou de toute autre contrainte, de telle sorte que les mouvements vont aller en s’amplifiant jusqu’à la rupture de l’édifice. C’est un phénomène particulièrement dangereux sur les grands ouvrages d’art, qui sollicitent au plus juste la résistance des matériaux. A mesure qu’elles se complexifient et s’enrichissent, les sociétés sollicitent de plus en plus les résistances humaines et doivent contenir des forces contradictoires de plus en plus grandes. Il arrive un moment où ces forces ne trouvent plus leur équilibre que dans un mouvement de balancier. En matière d’éducation et sans doute aussi en économie et en politique, nos sociétés occidentales sont entrées dans un de ces mouvements frénétiques sans direction apparente. On en arrive curieusement à se réjouir de l’alternance politique. Faire et défaire. Où est le progrès? Mais cela ne serait rien, si c’était le signe d’un conservatisme tranquille. Au-delà des fluctuations, il y a des problèmes qui prennent de l’ampleur. Réformes sur réformes ne résolvent pas le problème du chômage, et il n’y a que des artifices statistiques pour masquer son augmentation structurelle. La durée de vie des programmes scolaires n’atteint pas la moitié du temps passé par les enfants sur les bancs de l’école obligatoire. Les codes de lois augmentent de façon exponentielle, sans que la justice soit mieux rendue, loin s’en faut. Et nous pouvons constater conjointement une baisse de qualité des services publics et une augmentation des déficits, malgré une augmentation parallèle des taux d’imposition. On a dû se tromper quelque part. Obstination dans l’erreur, échec systématique des solutions proposées. Comment est-ce possible? Sans soute cela vient-il de ce que les questions sont mal posées et les termes du débat trompeurs. D’autres hypothèses seraient le dépassement de seuils de sécurité physiques ou encore l’incompatibilité foncière de certains intérêts. Mais nos sociétés restent prospères malgré tout et il n’y a pas de camps assez marqués pour qu’une guerre civile soit évidente dans un avenir proche. J’en resterai à la première hypothèse.

Je me proposerai donc d’analyser dans cette nouvelle rubrique quelques-uns des concepts qui sous-tendent nos débats de société; en particulier les débats éducatifs, car c’est bien là que se joue notre avenir à long terme. Je parle de ces concepts qu’on retrouve à peu près dans tous les camps, de ces valeurs dont tout le monde semble se réclamer et qui n’ont pas le même sens pour tout le monde. Continue reading

Presse aux ordres

Je continue un peu avec l’album souvenir. Pour compléter ce que j’avais dit ici. L’article date de 2007, mais je crois qu’il est intéressant de voir jusqu’où peut aller la soumission de la presse au pouvoir politique. Cela dit, ne rions pas trop des Chinois, la presse française ne s’est pas améliorée ces dernières années. Et si son musellement est plus subtil, HADOPi et subventions, il convient d’être vigilant.

8h du matin. La rue n’est pas encore trop encombrée de détritus alimentaires. Je m’enfonce dans un sous-sol sordide, car c’est là que se trouve le cybercafé. Peu de monde. C’est l’heure tranquille où les gamers dorment. Quelques attardés de la veille sont encore là et ronflent devant les écrans éteints.

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L’histoire en Chine

Aujourd’hui, j’ouvre l’album souvenir. Voici un petit article que j’avais rédigé pour Sanqualis en 2007, quand j’enseignais en Chine. Les citations d’étudiants sont en fait extraites de leurs compositions de français. J’avais un jour donné le sujet classique: “Pourquoi étudier l’histoire?” Je n’avais évidemment pas la prétention de faire un cours de philosophie, mais il me fallait un prétexte pour les faire écrire, et ça me permettait d’en savoir un peu plus sur les mentalités chinoises et sur la propagande qu’on inflige aux étudiants.

♪♫ « L’important dans la bataille,
C’est l’histoire, c’est l’histoire,
Qu’on découpe ou qu’on détaille
Selon l’auditoire. » ♪♫

 Je ne garantis pas l’exactitude de la citation. De toute façon, c’est sans scrupules qu’à mon tour je l’adapterais à mon auditoire.

 L’histoire est écrite par les vainqueurs.  C’est ce qu’on dit, donc c’est vrai, n’est-ce pas ?

Mais les vaincus ressassent et ne se taisent que jusqu’au jour où ils se sentent forts de nouveau.

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