Consolations

A Syrine Pelletier.

 

 

Ils seront consolés, les mendiants d’esprit,
Les petits, les bannis, les assoiffés de Dieu,
Les purs amants de paix, les miséricordieux,
Ceux que l’on persécute et accable de cris.

Et le petit enfant qui ne croit plus qu’on l’aime
Car les grands déchirés ne pensent plus à lui.
Dans un square oublié, ce soir il s’est enfui.
Ô jardinier jovial, montre comment l’on sème !

Le professeur déçu, méprisé, chahuté,
Qui voulait si bien faire et maudit sa faiblesse,
Efface sur la table un graffiti qui blesse.
Mais demain un enfant chantera sa bonté.

Le banquier tout honteux d’être si misérable,
De gagner tant d’argent et si peu d’amitié,
Accorde du crédit à de nouveaux chantiers :
Restaurants chaleureux, la belle et bonne table !

Le marin solitaire, en voyant s’en aller
La femme de ce port, qui ne le salue pas,
Pousse un soupir, oublie et grimpe en haut du mât,
Pour dominer la mer et pour la contempler.

Au lycée, la journée a été redoutable
Pour une jeune fille émotive et pudique
Qui, pour être trop belle, est traitée de lubrique.
Ses amis savent bien que ce n’est qu’une fable.

Des mois d’entraînement, de défis et d’espoirs
Se sont perdus soudain : une mauvaise chute !
L’athlète parviendra à reprendre la lutte
Mais pleure encore un peu en profitant du soir.

Dix fois, cent fois levée au milieu de la nuit,
A cause de la fièvre ou des monstres méchants,
La mère offrira tout pour soigner son enfant
Et se reposera par la lune qui luit.

Le soldat, ébranlé par les bombardements,
La mort d’un camarade et la lettre du père,
Désire une blessure ou une mort amère,
Pour pouvoir s’oublier. Un appel le surprend.

L’ouvrier sachant bien qu’il touchera demain
Une paie dérisoire aux dires de sa femme,
Et qu’il restera pauvre, a son cœur qui s’enflamme,
Car de la belle ouvrage est sortie de ses mains.

Chaque jour un peu plus se résignant à mettre
Au placard ses tenues et ses rêves vermeils,
L’amoureuse, vidée par les nuits sans sommeil,
S’avachit dans son lit. Dans sa boîte, une lettre.

Il recherche l’oubli, réfugié sous un saule,
Écrasé par la honte et la vodka-poison,
Il pleure son épouse et leur séparation.
Il sursaute en sentant une main sur l’épaule.

Nous serons consolés, si nous le voulons bien,
Si nous créons l’amour que désirent nos mains.
Quand la route nous manque, inventons le chemin.
Relève tes amis, le bonheur sera tien.

 

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