Tag Archives: politique

Comment se passer du redoublement (éventuellement)?

 

J’ai déjà évoqué dans d’autres articles le mauvais procès fait au redoublement depuis une quarantaine d’années. J’ai aussi rappelé les conditions à respecter si l’on veut qu’un redoublement se passe bien. Toutefois ce dispositif n’est pas sans défauts, il faut bien le reconnaître. Il est parfaitement légitime de chercher à le remplacer ou à le compléter par un dispositif meilleur. Évidemment, nous n’aurons progressé que si la nouvelle solution prend en compte correctement tous les objectifs du redoublement et présente au bilan moins d’effets secondaires, ce qui n’est pas le cas avec la politique actuelle des cycles, mais je n’y reviens pas.

On peut adresser plusieurs reproches légitimes au redoublement.

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Qui veut (vraiment) mourir? Euthanasie et consentement

 

Article également publié sur Contrepoints

Faire le bonheur des gens malgré eux.

Le tenter, c’est le plus sûr moyen de faire leur malheur.

Non pas qu’il faille se désintéresser du sort d’autrui. C’est un devoir de secourir, d’assister, de conseiller son frère qui est dans la détresse. Mais le risque est grand de se tromper.

C’est un devoir aussi de sauver un homme qui tente de se suicider. La volonté de se supprimer est rarement ferme, et on est généralement heureux, après coup, d’avoir évité la mort. D’ailleurs, si la volonté de mourir était si sûre, on choisirait des moyens ne laissant aucune chance. Les médicaments ne constituent pas une méthode performante. Il y a des poisons, parfaitement sûrs, disponibles dans le commerce ordinaire. La noyade est contrariée par des réflexes. On va rarement faire la tentative très loin d’une rive. L’accident de voiture est un suicide honteux. Il faudrait aller fort vite ou se jeter dans un précipice pour être certain de réussir. La défenestration depuis le premier ou le deuxième étage offre surtout une grande probabilité de recevoir des visites à l’hôpital — et de boiter toute sa vie. La position qui assure le suicide par arme à feu est bien connue. On raconte que Hitler se l’est fait expliquer dans son bunker. Pourtant elle est rarement utilisée. L’immense majorité des tentatives de suicide sont des échecs. En 2010, on n’a compté « que » 10 333 suicides réussis. C’est toujours trop, mais c’est peu par rapport à près de 220 000 tentatives de suicide ayant donné lieu à un contact avec le système de soins. (http://www.sante.gouv.fr/etat-des-lieux-du-suicide-en-france.html) Ces chiffres en disent long sur la volonté de mourir. Si la possibilité de sauver le candidat au suicide existe, alors il faut le tenter, car il lui reste sûrement quelque part une lueur d’espoir. La prudence exige que l’on fasse cette hypothèse. Au demeurant, si par hasard on se trompait, le suicidaire aurait toujours la possibilité de réessayer, sans autre dommage qu’un peu de temps perdu.

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Diviser les redoublements par deux?

Cet article a été publié précédemment sur Contrepoints.

“It is with infinite caution that any man ought to venture upon pulling down an edifice which has answered in any tolerable degree for ages the common purposes of society, or on building it up again without having models and patterns of approved utility before his eyes.” Edmund Burke

Peu de pays sont touchés autant que la France par l’illusion révolutionnaire, cette détestable idéologie qui consiste à croire que le progrès passe par le renversement systématique des vieilles institutions et qu’il peut résulter une quelconque nouveauté d’une tabula rasa. Quand cette idéologie touche l’école, on atteint les sommets de l’absurde. L’idée même d’une refondation est scandaleuse. Une méthode pédagogique demande beaucoup de patience, de tâtonnements, d’erreurs, d’ajustements, avant de parvenir à un niveau acceptable. Rien que la mise en place d’un examen national prend une bonne dizaine d’années. Il faut bien tout ce temps, pour que l’expérience permette aux professeurs de comprendre les vraies exigences qui se cachent derrière les descriptifs des épreuves, et pour qu’ils adaptent leurs cours en conséquence. Plus fondamentalement, le savoir est cumulatif. L’enseignement est foncièrement conservateur, parce qu’il consiste à épargner aux nouvelles générations les erreurs, les hésitations et les tragédies de leurs ancêtres. Il s’agit de gagner du temps. Les adolescents rebelles reproduisent les mêmes erreurs de génération en génération, mais ordinairement, ce sont les adultes qui ont le pouvoir. Nos ministres se comportent depuis quelques décennies comme des adolescents bêtes et généreux.

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Faut-il vraiment un contrôle qualité dans nos écoles?

 

Cet article a également été publié sur Contrepoints.

C’est avec une grande inquiétude que je vois les partisans de la liberté réclamer des contrôles de qualité dans nos écoles.

 

 

Je conçois leur démarche. Les résultats réels de l’école publique sont lamentables. Je ne parle pas des résultats au bac ou à PISA, ni même de ces élèves qui partent sans diplôme, car le diplôme est trompeur. Il y aura toujours des gamins pour rater les épreuves, car on ajuste toujours son effort aux besoins. Et il y a forcément des gens qui visent trop court, même lorsque les sujets sont grotesques de facilité. Mais si les épreuves présentent un minimum d’exigence, tous ceux qui auront tenté sérieusement auront appris quelque chose. Il pourrait exister une école dont tous les élèves ne seraient pas destinés à faire des études, mais où tous sauraient lire, calculer et rédiger correctement. Mais ils n’ont pas de certificat à présenter à un employeur? La belle affaire! Ils savent écrire. Ont-ils besoin d’un papier tamponné pour en faire la preuve? Qu’ils écrivent et c’est assez! Méfions-nous des garanties qui n’en sont pas. Aujourd’hui nous avons des centaines de milliers de collégiens qui, ne sachant pas lire, ne comprennent rien à ce qui se passe en classe et mettent le désordre pour s’occuper.

 

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J’aimerais avoir tort et passer pour un con

 

Mais je sais, ô Troyens que Cassandre a raison.

 

Qu’un professeur se plaigne de la baisse du niveau, c’est un lieu commun, auquel on n’accorde plus guère d’importance. Vraie ou fausse, cette assertion est dans les mœurs. Mais qu’un professeur se suicide en affirmant que la crise de l’école est devenue à ce point insupportable, voilà qui n’est pas banal. Sa lettre montre une grande lucidité et ne ressemble en rien au délire d’un asocial. Son geste ne peut manquer de nous interpeller: se peut-il que l’on en soit arrivé à ce point? Je n’aurai évidemment pas la prétention d’interpréter son suicide plus avant, et les opinions que je vais exprimer ne sont bien évidemment que les miennes. Il y a quelques mois, Antoine Prost, historien de l’éducation, qui a passé quarante ans de sa carrière à prétendre le contraire, a confirmé le constat de la baisse de niveau. On est en droit de s’inquiéter. Continue reading

Vous avez dit égalité?

Quand les réformes se succèdent à un rythme affolant et ne résolvent rien, il faut s’attendre à un effondrement. Les illuminés et les fanatiques appellent à une Révolution et lui mettent les majuscules d’un Grand Soir, censé ouvrir une ère nouvelle. Mais les révolutions coûtent cher et ne tiennent pas leurs promesses. Il arrive nécessairement un moment où une société atteint son point critique d’incohérence. Un pont peut entrer en résonance, c’est-à-dire se mettre à vibrer sous l’effet du vent ou de toute autre contrainte, de telle sorte que les mouvements vont aller en s’amplifiant jusqu’à la rupture de l’édifice. C’est un phénomène particulièrement dangereux sur les grands ouvrages d’art, qui sollicitent au plus juste la résistance des matériaux. A mesure qu’elles se complexifient et s’enrichissent, les sociétés sollicitent de plus en plus les résistances humaines et doivent contenir des forces contradictoires de plus en plus grandes. Il arrive un moment où ces forces ne trouvent plus leur équilibre que dans un mouvement de balancier. En matière d’éducation et sans doute aussi en économie et en politique, nos sociétés occidentales sont entrées dans un de ces mouvements frénétiques sans direction apparente. On en arrive curieusement à se réjouir de l’alternance politique. Faire et défaire. Où est le progrès? Mais cela ne serait rien, si c’était le signe d’un conservatisme tranquille. Au-delà des fluctuations, il y a des problèmes qui prennent de l’ampleur. Réformes sur réformes ne résolvent pas le problème du chômage, et il n’y a que des artifices statistiques pour masquer son augmentation structurelle. La durée de vie des programmes scolaires n’atteint pas la moitié du temps passé par les enfants sur les bancs de l’école obligatoire. Les codes de lois augmentent de façon exponentielle, sans que la justice soit mieux rendue, loin s’en faut. Et nous pouvons constater conjointement une baisse de qualité des services publics et une augmentation des déficits, malgré une augmentation parallèle des taux d’imposition. On a dû se tromper quelque part. Obstination dans l’erreur, échec systématique des solutions proposées. Comment est-ce possible? Sans soute cela vient-il de ce que les questions sont mal posées et les termes du débat trompeurs. D’autres hypothèses seraient le dépassement de seuils de sécurité physiques ou encore l’incompatibilité foncière de certains intérêts. Mais nos sociétés restent prospères malgré tout et il n’y a pas de camps assez marqués pour qu’une guerre civile soit évidente dans un avenir proche. J’en resterai à la première hypothèse.

Je me proposerai donc d’analyser dans cette nouvelle rubrique quelques-uns des concepts qui sous-tendent nos débats de société; en particulier les débats éducatifs, car c’est bien là que se joue notre avenir à long terme. Je parle de ces concepts qu’on retrouve à peu près dans tous les camps, de ces valeurs dont tout le monde semble se réclamer et qui n’ont pas le même sens pour tout le monde. Continue reading

Presse aux ordres

Je continue un peu avec l’album souvenir. Pour compléter ce que j’avais dit ici. L’article date de 2007, mais je crois qu’il est intéressant de voir jusqu’où peut aller la soumission de la presse au pouvoir politique. Cela dit, ne rions pas trop des Chinois, la presse française ne s’est pas améliorée ces dernières années. Et si son musellement est plus subtil, HADOPi et subventions, il convient d’être vigilant.

8h du matin. La rue n’est pas encore trop encombrée de détritus alimentaires. Je m’enfonce dans un sous-sol sordide, car c’est là que se trouve le cybercafé. Peu de monde. C’est l’heure tranquille où les gamers dorment. Quelques attardés de la veille sont encore là et ronflent devant les écrans éteints.

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Robots de combat

Cet article a d’abord été plublié dans le webzine Sanqua. Je vous en recommande d’ailleurs la lecture, en particuliers si vous cherchez un regard critique sur le monde du jeu vidéo. Il n’y a pas que ça, comme le prouve ma rubrique Anticipantia.

Ce sont nos compagnons de jeu, nos ennemis familiers dans un bon nombre de FPS, RTS et autres jeux d’arcades. Les petits et gros robots de combat, nous en avons tous dégommé des trouzaines et jamais ils ne représentent une bien grosse affaire pour les guerriers de salon que nos sommes. Qu’est-ce qu’une armée de droïdes face à un chevalier Jedi décidé ou à un seigneur Sith ? Je vous le demande. Mais voilà, chez Sanqua on se prend parfois à rêver un peu plus loin. A rêver réalité, comme dit la chanson. Et si… nous voyions réellement apparaître des robots de combat, de vrais robots tueurs, capables de choisir de vraies cibles temporairement vivantes : le terroriste du bout du monde, mon voisin de palier qui est bête, arrogant et surtout vulgaire, ou, pourquoi pas, moi-même. Et tout à coup, on en vient à se demander si le rêve n’a pas viré au cauchemar.

Mais précisons l’objectif. Nous nous proposons de faire une réflexion en anticipant sur une innovation technologique probable et en essayant d’en prévoir les conséquences principales. En l’occurrence nous allons nous intéresser à des robots qui n’auraient pas besoin d’être téléguidés mais qui pourraient choisir eux-mêmes leurs cibles en fonction de règles d’engagement assez semblables à celles que reçoivent les soldats des armées modernes lors de leurs nombreuses missions. Ces règles pourraient aller de la destruction pure et simple de tout ce qui vit à la protection de personnes précises, en passant par tous les degrés d’une riposte graduée et la distinction entre combattants et non-combattants. Il nous intéresse assez peu de considérer les ratés de la mise au point. Si pour ajuster le système de reconnaissance, il y a quelques milliers de « dommages collatéraux », ce n’est pas vraiment notre problème. On les enregistrera comme « martyrs de la science » ou quelque chose du même tonneau. Voyons ce que pourrait donner un système bien au point, présentant toutes les garanties qu’un client raisonnable serait en droit d’exiger.

Cela changerait-il fondamentalement l’art de la guerre et l’usage de la violence ? Continue reading