Archives pour la catégorie Poèmes

Plus jamais ça

Un petit impromptu en réponse à un poème posté sur un forum, dont la dernière strophe est :

Petit enfant meurtri, je promets, plus jamais,
Tu ne verras l’horreur assassiner la paix,
A partir de ce jour, avec mes camarades
Nous détruirons le feu qui sortait de nos armes…
.

 

J’aimerais pouvoir faire
De si belles promesses,
Mais tirerais le fer
Pour un fils en détresse.

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Quelque part sur la Somme

Humour, horreur ou compassion ne sont après tout que des questions de point de vue. Il convient de choisir soigneusement celui que l’on adopte. Voici une nouvelle façon de voir l’histoire que j’ai déjà racontée ici et .

Dix jours d’obus narquois et trois jours de combat
Ont réduit la section. On se repose enfin.
Les pelles affutées rangées dans la cagna,
On cuisine un dîner, on se soigne les mains.

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Féérie

Que vais-je dire ici? Un conte pour enfants ou un conte d’enfants? Enfants insatisfaits, capricieux, égoïstes; un conte  de magie et d’angoisses nocturnes, récit de neige blanche et d’un feu de colère, noirceurs par trop sublimes, richesses enterrées, ostentation stupide et secrets négligés.

Il était une fois, dans un pays de montagnes oubliées, un roi qui s’en allait, tiré par ses chevaux d’une course rapide. Sur la neige encore vierge, les fioritures étincelantes du traîneau laissaient entendre leur doux bruit métallique, digueding dong, digueding dong, tandis que deux entailles s’étendaient à l’arrière, au lointain dans la nuit, pour y être recouvertes par une neige neuve.

Les bois, d’un souffle régulier, encadraient l’équipage d’une rumeur intemporelle, semblait-il. Et le roi explorait au fond de son esprit les recoins admirables d’une mémoire nouvelle où flamboyait la clef d’or qui eût permis de parler ces langages obscurs que prononçaient les arbres. Et les arbres semblaient interroger les pierres et traduire au jeune roi ce qu’elles lui disaient d’une naissance ancienne, plus ancienne que le roi, de luttes primordiales, messages fondamentaux, dont elles seraient les dépositaires et que, déjà avant l’écoute, le prince croyait familiers, s’en sentant l’héritier.

Le vent se fit muet mais froid et mordant. La musique jouée s’enflait d’autres échos; des dissonances même parvinrent à ses oreilles sans qu’il les écoutât ou y accordât la plus faible attention. Car encore aujourd’hui, la clef dorée s’éloigne. Digueding dong dong, digueding dong dong. Le roi pousse ses chevaux dans une danse folle, ronde trop bien réglée. Une autre lumière apparaît, trop connue celle-là, sans mystère

Le voilà près de son palais. Il a parcouru toute l’étendue de son royaume. Il pleure, en cachette, ajoutant par ses larmes une eau amère dans les marais secrets de son cœur. Personne n’ose rien dire; il n’appelle personne. Les valets pourtant le veillent depuis longtemps; mais où sont donc passés cris et jeux de l’enfance, la tendresse sans peur et puis ses espérances?

Et la fête fière et folle et fausse finira-t-elle jamais?
Jusques à quand recommencera-t-elle?

Le goût de l’abondance

Bien au chaud, bien à l’aise, il s’endort doucement.
Sa couche est agréable. Ah! L’odeur de la chair!
Les bruits qui, par moment, déchirent le ciel clair
Ne faisaient déjà plus frémir ses grands-parents.

Que c’est beau! A travers la toiture ajourée,
Il contemple parfois des boules de lumière.
Le danger est au loin. Il le sait, en est fier,
Et il rêve déjà de précieuses denrées.

Il a bien trop mangé, mais pourquoi se priver?
Il se sent un peu gras, ces temps-ci, c’est certain…
Viande à tous les repas et certains jours du pain!

Vraiment tout va très bien! Pourquoi donc se lever?
Crac! Hélas une main a traversé les côtes
Du logis dont le rat s’était fait le bel hôte.
Ce poème n’est au fond qu’une autre manière de voir ce que j’ai déjà raconté ici. Le lecteur, j’espère, voudra bien me pardonner cette coquetterie.

Prière du plus grand péril

Ce soir je vais écrire, appliquer mon esprit
A l’acte périlleux.
Ecoute donc, ô Dieu,
Mon angoisse et ma foi, mes espoirs et mon cri.

Dans l’acte dangereux que ma plume acérée
Commet sur du papier,
A tout jamais lié,
Je ne veux regretter ma parole gravée.

Que mon chant soit une hymne, ô réel Créateur.
Garde-moi du blasphème.
Que mon cœur toujours sème,
Malgré l’intelligence et la vue du malheur.
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Le balayeur parisien un soir de manifestation

Dans la touffeur étrange
D’une ville du Nord,
Le regard sur la fange
D’un quartier paré d’ors,

Il rêve d’un pays,
Celui qui serait sien,
Mais son rêve est oubli
Et il se dit : « C’est bien.

Ici de mon pinceau
A restaurer le monde
J’écarte sans un mot
Quelques débris immondes,

Bassesses de toujours
Et les causes d’un jour.
Voilà quel est mon sort,
Tandis que Paris dort. »

Pudeur

Pardon, Madame, hier je me suis montré dur.
Vous avez pu me voir sensible comme un mur.
Mais vous ne saviez pas à quel point je suis triste.
Mes douleurs ici-bas, je n’en fais pas la liste.
Les larmes que je pleure, oh ! ne sont pas les miennes ;
Veuillez m’en croire, amie, de plus loin elles viennent.
Un pays de frayeurs, de désespoir, de haine,
Très loin d’ici au Sud, se perd en luttes vaines.
J’y avais des amis ; des visages d’enfants
M’avaient en l’autrefois donné un cœur riant.
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Poème en S

Simoun évanescent, enlevant ma raison
Sous la lune étirée je ne vois plus que les
Sinueux et subtils mouvements de ton corps
Soulevant mon cœur d’homme et ton voile léger
Souligne tes deux seins sur ta douce silhouette
Si cruel ton aspect tourmente mon esprit
Sensuelle beauté et sournoise sirène

Condoléances

Mais saurez-vous, Madame, apaiser votre cœur ?
Je crains de m’en aller en vous laissant ici
Dans cette chambre vide où dort votre douleur.
Dites-moi, s’il vous plait, juste un mot, dites si…

Reste-t-il quelque joie qu’on puisse vous offrir ?
Je fus trop faible hélas, je ne sus protéger
L’enfant que vous aimiez et qui voulait partir.
Mais pouvait-il entendre un homme trop âgé ?

Qui donc saurait brider la fougue et la jeunesse,
Enseigner la prudence, enfin, calmer l’ardeur
D’un homme ? Et s’il est fort, trop empli de noblesse,
Va-t-on le réprouver, lui dire d’avoir peur ?
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Timidité

–    Si l’amour est trop grand et ton cœur trop petit,
Hèle les magiciens, les hérauts d’ancien temps.
–    Y en eut-il jamais hors nos rêves d’enfants ?
–    N’ont-ils pas disparu dans ton cri de dépit ?
Ensemble, si tu veux, nous leur rendrons la vie.
Souffle donc sur la glaise, envole ta misère,
Souris et chante, espère…