Archives de catégorie : Poèmes

Fuir

Resterai-je demain entre les murs de Troie
Quand les Grecs assemblés sonneront l’hallali,
Quand les chiens dévorants hurleront sur nos voies
Et que les fils de chef iront souiller nos lit?

J’ai été rejeté, mes pairs m’ont méprisé.
La honte était mon lot dans les halles de pierre.
Je voulais les honneurs et je n’ai pas osé
Dire que Cassandra savait plus que nos frères.

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Angoisses

Nous reverrons les démons de la guerre
Venir hanter les replis de nos cœurs,
Et les chansons de nos Muses amères
Se briseront sur des écueils de peur.

Combien d’espoirs sur les nefs des pirates?
Combien d’horreurs sur les côtes lointaines?
Combien d’épées cachées sous une latte;
Pour renverser les richesses hautaines?

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Expiration

Depuis combien de temps suis-je là, étendu?
La douleur en mon corps est tout ce que je sais.
Une balle? Un shrapnel? Quoi qu’il en soit, c’est laid.
Mon sang triste s’écoule en la terre perdue.

En haut de la colline, au milieu des sapins,
Au-dessus de l’école, il est un cimetière,
Plein de papillons bleus, où m’attendent mes pères.
Ma sœur viendra y mettre un bouquet de lupins.

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Pédagogie de haut niveau

En Russie, c’est connu, on boit trop de vodka.
Le Premier britannique, en visite officielle,
Réfuta la rumeur, car au fond rien de tel!
Les festins orientaux ne l’impressionnaient pas!

Sur la carte d’Europe, au récit des combats,
Chacun comptait ses points et voulait son morceau.
Tuer l’esprit prussien, préserver les Hongrois,
Sauver les Polonais et l’honneur des drapeaux.

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Plus jamais ça

Un petit impromptu en réponse à un poème posté sur un forum, dont la dernière strophe est :

Petit enfant meurtri, je promets, plus jamais,
Tu ne verras l’horreur assassiner la paix,
A partir de ce jour, avec mes camarades
Nous détruirons le feu qui sortait de nos armes…
.

 

J’aimerais pouvoir faire
De si belles promesses,
Mais tirerais le fer
Pour un fils en détresse.

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Quelque part sur la Somme

Humour, horreur ou compassion ne sont après tout que des questions de point de vue. Il convient de choisir soigneusement celui que l’on adopte. Voici une nouvelle façon de voir l’histoire que j’ai déjà racontée ici et .

Dix jours d’obus narquois et trois jours de combat
Ont réduit la section. On se repose enfin.
Les pelles affutées rangées dans la cagna,
On cuisine un dîner, on se soigne les mains.

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Féérie

Que vais-je dire ici? Un conte pour enfants ou un conte d’enfants? Enfants insatisfaits, capricieux, égoïstes; un conte  de magie et d’angoisses nocturnes, récit de neige blanche et d’un feu de colère, noirceurs par trop sublimes, richesses enterrées, ostentation stupide et secrets négligés.

Il était une fois, dans un pays de montagnes oubliées, un roi qui s’en allait, tiré par ses chevaux d’une course rapide. Sur la neige encore vierge, les fioritures étincelantes du traîneau laissaient entendre leur doux bruit métallique, digueding dong, digueding dong, tandis que deux entailles s’étendaient à l’arrière, au lointain dans la nuit, pour y être recouvertes par une neige neuve.

Les bois, d’un souffle régulier, encadraient l’équipage d’une rumeur intemporelle, semblait-il. Et le roi explorait au fond de son esprit les recoins admirables d’une mémoire nouvelle où flamboyait la clef d’or qui eût permis de parler ces langages obscurs que prononçaient les arbres. Et les arbres semblaient interroger les pierres et traduire au jeune roi ce qu’elles lui disaient d’une naissance ancienne, plus ancienne que le roi, de luttes primordiales, messages fondamentaux, dont elles seraient les dépositaires et que, déjà avant l’écoute, le prince croyait familiers, s’en sentant l’héritier.

Le vent se fit muet mais froid et mordant. La musique jouée s’enflait d’autres échos; des dissonances même parvinrent à ses oreilles sans qu’il les écoutât ou y accordât la plus faible attention. Car encore aujourd’hui, la clef dorée s’éloigne. Digueding dong dong, digueding dong dong. Le roi pousse ses chevaux dans une danse folle, ronde trop bien réglée. Une autre lumière apparaît, trop connue celle-là, sans mystère

Le voilà près de son palais. Il a parcouru toute l’étendue de son royaume. Il pleure, en cachette, ajoutant par ses larmes une eau amère dans les marais secrets de son cœur. Personne n’ose rien dire; il n’appelle personne. Les valets pourtant le veillent depuis longtemps; mais où sont donc passés cris et jeux de l’enfance, la tendresse sans peur et puis ses espérances?

Et la fête fière et folle et fausse finira-t-elle jamais?
Jusques à quand recommencera-t-elle?

Le goût de l’abondance

Bien au chaud, bien à l’aise, il s’endort doucement.
Sa couche est agréable. Ah! L’odeur de la chair!
Les bruits qui, par moment, déchirent le ciel clair
Ne faisaient déjà plus frémir ses grands-parents.

Que c’est beau! A travers la toiture ajourée,
Il contemple parfois des boules de lumière.
Le danger est au loin. Il le sait, en est fier,
Et il rêve déjà de précieuses denrées.

Il a bien trop mangé, mais pourquoi se priver?
Il se sent un peu gras, ces temps-ci, c’est certain…
Viande à tous les repas et certains jours du pain!

Vraiment tout va très bien! Pourquoi donc se lever?
Crac! Hélas une main a traversé les côtes
Du logis dont le rat s’était fait le bel hôte.
Ce poème n’est au fond qu’une autre manière de voir ce que j’ai déjà raconté ici. Le lecteur, j’espère, voudra bien me pardonner cette coquetterie.